De Rurrenabaque, nous repassons à Lapaz en vitesse pour partir vers le sud. Notre objectif premier, trouver un billet pour Sucre. Toutes les compagnies nous répondent non, non, non alors qu’elles annoncent bien cette destination. Il nous faudra quelques minutes pour comprendre qu’il y a un bloqueo (= soit une grève générale) autour de Potosi qui nous empêche de nous rendre à Sucre. Malgré tout, une compagnie se rend tout de même à Potosi. Des futures passagères nous expliquent que le bus s’arrêtera juste avant le barrage, que nous continuerons à pied puis prendrons un taxi. Cela nous semble jouable. Nous tentons le coup.
A l’heure dite, nous revenons prendre le bus. Au bout d’une demie heure d’attente, nous comprenons qu’il y a un problème. La guichetière ne veut pas nous en dire plus, cela sent mauvais. Après discussion avec les autres passagers nous comprenons que la police ne veut pas laisser partir le bus à cause du bloqueo. Tout le monde nous dit de ne pas nous inquiéter, la guichetière est partie négocier. Le temps passe et toujours rien. Finalement, la guichetière revient en disant que la police ne veut pas laisser partir le bus mais qu’elle va nous faire monter dans le bus à l’extérieur de la gare routière où la police ne peut rien empêcher. Très bien! Nous prenons nos sacs et partons dans des petites ruelles pas très rassurantes (surtout de nuit) attendre le bus. Après 10 minutes, toujours rien… Quelqu’un réussit à joindre la guichetiere qui annonce que la police à compris la technique et a bloqué le bus. Nous revenons quelque peu énervés et demandons à être remboursés.
Deuxième étape, que faire maintenant? Il est 21h30, cela fait 3 heures que nous devrions être partis, nous n’avons pas d’hôtel réservé, et nous sommes pressés de partir de Lapaz et nous aimerions vraiment aller à Potosi. Que faire? Un bus part dans une heure pour Oruro petite ville minière sur le chemin de Potosi. Notre décision est prise, nous partons là bas, une fois sur place, nous aviserons.
C’est donc parti pour la quête des précieux billets de bus. Nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée et nous devons presque nous battre pour les obtenir. Anaïs tentera la méthode chinoise et indienne, ne pas faire la queue et passer devant tout le monde, l’air sur de soi. Comme nous sommes en Amérique du Sud, c’est un peu plus compliqué que cela, mais après quelques jeux de coudes, et l’aide d’un bolivien (dis, tu voudrais pas acheter les billets pour moi?), nous obtenons 2 billets dans le bus de 10h30. Parfait, juste le temps de manger un pancho (hot dog local) et c’est parti.
Le bus est plein, et uniquement avec des locaux (nous sommes les seuls touristes téméraires, les autres ont abandonné – mais une grève ne nous fait pas peur à nous autres gaulois! Et impossible n’est pas français!). Il est confortable et bien chauffé, nous entamons donc notre nuit. A 1h du matin, nous arrivons à Oruro, récupérons nos sacs et nous voilà dans le froid à nous poser la question: que faire maintenant? Aller à l’hôtel et aviser demain? Attendre dans le froid un minibus qui part aux aurores? Nous sommes encore à moitié endormis et séduits par aucune de ces idées.
Pendant ce temps, les boliviens s’activent et demandent au chauffeur s’il ne veut pas nous emmener jusqu’à Potosi… Sentant la bonne idée, nous nous rapprochons et nous déclarons intéressés. Après négociation avec le chauffeur, c’est reparti, tout le monde remonte en courant dans le bus. Personne ne veut rester ici! Emmanuel s’occupe des sacs, Anaïs part en reconnaissance pour garder des places. C’est la cohue et le brouhaha. Tout le monde crie, et se plaint du prix demandé par le chauffeur. Pour nous, pas grande différence (ça se compte en centimes d’euros). Nous regardons tout cela avec un air assez amusé, nous avons l’impression de vivre une nouvelle aventure… A chaque instant la situation peut changer. Mais arriverons-nous jusqu’à Potosi…
Le bus doit reprendre de l’essence pour repartir, nous devrons faire plusieurs stations avant d’en trouver une ouverte. Ouf, on peut y aller.
A 6 heures du matin, le chauffeur annonce, le bloqueo commence ici, tout le monde descend. Tout le monde s’insurge, non non, vous pouvez continuer un peu plus loin. Et il commence à décharger les bagages dont les nôtres… Après 10 min de parlote, il consent à aller un peu plus loin. Il nous faudra néanmoins descendre pour vérifier que nos sacs remontent bien avec nous!
Nous faisons 10km de plus, et commençons à voir les bus entassés les uns derrière les autres. Le bus s’arrête à nouveau, cette fois-ci, c’est la bonne. Nous devons descendre et traverser le barrage des grévistes à pied. Une gentille dame, nous propose de nous emmener, elle va appeler son père pour qu’il vienne la chercher. Mais malheureusement nous sommes au milieu de nulle part, et donc pas de réseau. Nous nous résignons, nous allons marcher. Et cela durera plus d’une demie heure à plus de 3000 mètres d’altitude et à 7 heures du matin, il ne fait pas très chaud. Nous marchons entre les camions et les bus bloqués, et les boliviens se déplacent avec leur maison sur le dos (dans leurs grandes couvertures colorées). On ne peut pas se plaindre ils ont tous beaucoup plus que nous à porter, sans compter les multiples enfants en bas age. On se prendrait presque pour des réfugiés. Cela a un petit air de fin du monde!
Nous arrivons enfin au cœur du barrage. Là, partout des pierres sur la route pour bloquer le passage, des banderolles, des feux auprès desquels se réchauffent et dorment encore des dizaines de boliviens prêts à tenir un siège. Par contre aucun signe d’agressivité, on nous laisse passer sans problème.
Après tout cela, des taxis nous attendent et pour un prix raisonnable, acceptent de nous emmener jusqu’au terminal de bus dans le centre.
Nous essayons d’en savoir un peu plus: la grève va-t-elle s’arrêter ou s’intensifier. Nos 3 compères dans la voiture, ont tous une version différente. Mais nous posons surtout la question: pourquoi cette grève?? Pour que la mine de Potosi continue son activité, pour que la ville est un aéroport, pour qu’il y ait des subventions pour la région, etc etc… Des problèmes sérieux donc.
On pense aussi à Obélix, lorsqu’il veut venir sauver Panoramix dans une prison egyptienne, dans Astérix et Cléopatre. Les gardes lui disent avec l’accent du sud: « On ne rentre pas ». Et Obélix répond: « mais si on rentre! » Et il entre par la force! Et bien nous c’est pareil, ce qu’on ne sait pas encore c’est qu’on devra vite sortir aussi.
Arrivés à la station de bus, nous demandons si nous pouvons prendre un bus pour le lendemain pour Uyuni. La vendeuse nous répond non, vous devez quitter la ville avant midi aujourd’hui car le blocage va s’intensifier. Mais si nous faisons cela, nous ne pouvons rien voir de Potosi. Dilemme… Plusieurs personnes nous disent la même chose, nous décidons à regret de prendre le bus de 11h.
En attendant, nous avons 2 heures pour visiter la ville, nous comptons bien en profiter. Mais arrivés dans le centre, nous comprenons le sens du mot blocage. Toute la ville est en grève, rien n’est ouvert, aucun musée (mis à part les couvents), aucun magasin ou presque. Nous voyons des hommes passer avec des bâtons pour que tout le monde ferme boutique. Ah oui quand même c’est sérieux leur histoire. Nous sommes des rigolos à côté nous autres grévistes français!
Nous ne verrons donc de Potosi que les très jolies petites rues et la belle montagne au loin. Pas de mine d’argent pour nous (notre but à Potosi), pas de Casa de la Moneda! Rien!
A la gare de bus c’est l’exode. Nous rencontrons de nombreux touristes qui sont bloqués ici depuis plusieurs jours et qui n’ont rien pu faire vu que tout était fermé! Finalement c’est sans doute une bonne chose de partir.
Il faudra bien 5 jours pour que tout ceci arrivent jusqu’aux nouvelles françaises. Mais France 24, Le Monde y tutti quanti finissent par transmettre les nouvelles: des français bloqués à Potosi depuis 11 jours sans moyen de quitter la ville. Ouf nous sommes passés à travers les mailles du filet! La mère d’Anaïs voit un reportage à la TV et sachant que nous sommes dans le coin commence à s’inquiéter. Heureusement, nous venions de lui envoyer un mail, elle est vite soulagée! La magie d’internet!
Notre bus part à l’heure et c’est reparti pour 7h de bus direction Uyuni où nous arriverons épuisés.




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Une belle histoire au final… qui restera un bon souvenir (on dirait!). Nous suivons vos aventures!
éclatez vous bien.
Hélène et Nicolas d’Angers (49) > TDM prévu en novembre