août
15
2010

par A&E

L’ascension du Cotopaxi, dur dur !

Equateur - Cotopaxi - Outils de travail d'Emmanuel pendant quelques heures

Petit retour en arrière sur un évènement très important pour Emmanuel, son ascension du Cotopaxi. En effet, en réalité, avant de connaître un peu plus de l’Equateur, Emmanuel ne connaissait que 2 choses des ces terres : les Galapagos et le Cotopaxi. D’ailleurs avant de croiser un couple de réunionnais en Birmanie quelques mois plus tôt, cela se résumait plus simplement aux Galapagos.


C’est donc après en avoir discuté avec ce couple, qui parle de cette expérience mémorable que petit à petit le rêve s’est forgé. Mais en arrivant en Equateur, et après la très couteuse expérience des Galapagos, le temps des réductions budgétaires est arrivé. Emmanuel au dernier moment fini par trouver l’ascension démesurément chère et est à deux doigts de renoncer… Anaïs fini par le décider. C’est certes cher, mais après lui en avoir parlé pendant 6 mois, il va falloir le faire maintenant! Il va donc partir monter son premier « 6 000 mètres » (un peu moins en fait) comme on le dit dans le milieu des andinistes (et oui nous sommes dans les Andes et pas dans les Alpes donc pas d’alpiniste).




Et Anaïs alors? Hors de question pour elle de faire cette ascension. Déjà pas fana de randonnée, grimper un volcan sans avoir d’air pour respirer, non merci. Et l’idée de payer 200 $ pour souffrir lui parait complètement loufoque, l’attrait du sommet ne prend pas chez elle.


Elle restera donc 24h à l’hôtel à se reposer pendant qu’Emmanuel accomplit son petit exploit personnel. Au programme, grasse matinée, mails en pagaille, films de fille, coiffeur (pour 2 euros, il ne faut pas se priver!) lessive et bons petits plats à l’hôtel. Finalement le temps passe vite!


Equateur - Cotopaxi - Vue du volcan Cotopaxi (sous les nuages)

Mais au fait le Cotopaxi c’est quoi en fait ?


Le Cotopaxi est un volcan d’une hauteur de 5 900 mètres, il s’agit du plus haut volcan actif du pays et il est de 2 mètres plus haut que le Kilimandjaro ce qui sera bien suffisant pour Emmanuel qui mis à par quelques treks sur glaciers et montagnes n’a aucune expérience en la matière. Cependant, ce sommet reste l’un des plus accessible pour les néophytes.


C’est donc la ville de Latacunga qui servira de camps de base pour les préparatifs de l’expédition. Première étape donc, la sélection de l’agence qui nous fournira guide et équipement, il y en a beaucoup et les prix ne sont pas très différents. Après de âpres négociations et de multiples aller-retour son choix se portera donc sur Volcan Route et avec un guide perso. On fait les choses bien, ou on ne les fait pas! Il a appris que près de 50% des personnes abandonnent en cours de route et que dans ce cas c’est toute la cordée qui doit descendre. Autant Emmanuel peut admettre qu’il ne pourrait pas le faire (atteindre le sommet), mais ne pas atteindre le sommet car son « partner » qu’il ne connait pas ne pourrait pas, cela lui semble inimaginable, ce sera donc en solo avec un guide.


Le lendemain, Emmanuel se rend donc en fin de journée à l’agence pour essayer son équipement. Au menu : crampons, piolet, chaussures rigides, pantalon polaire et lunettes de soleil. Le reste viendra directement du sac à dos « tour du monde » (gants, gore-tex veste et pantalons, sac à dos …)


L’agence lui propose néanmoins de partager son guide, moyennant réduction, avec une fille qui ne veut pas payer les 200 $. Malgré cette dernière proposition, Emmanuel décline fermement et la fille lui réserve son expression la plus méchante qui soit ! Pas question de ne pas arriver en haut!


Le surlendemain, le grand départ. Emmanuel, se retrouve dans une jeep avec 2 guides et un couple d’australiens. La fille montera juste au refuge et accompagne Eden son petit-ami qui, lui, prévoit d’effectuer l’ascension. Ils monteront donc très probablement tous les deux côte à côté, ce qui est toujours plus motivant et laisse la possibilité de partager la joie du sommet avec quelqu‘un ! Emmanuel se réjouit de pouvoir partager ce moment, même avec un parfait inconnu.


Equateur - Cotopaxi - Les principaux chiffres du Cotopaxi

Dans la jeep, on nous rappelle le programme qui tient sur 48 heures non-stop et l‘absence absolue ou presque de repos. Donc, petite marche à 3 500 mètres, suivie d’un premier dénivelé de 300 mètres entre 4 500 et 4 800 mètres, 3 – 4 heures de repos, un nouveau dénivelé de 200 mètres avant d’arriver à un camp d’entrainement sorte de « mini glacier » et finalement l’ascension du Cotopaxi qui se fera de nuit, debout minuit et départ 1h00.


Il faut savoir que les personnes qui entreprennent la montée de ce volcan sont très souvent sans expérience et ne connaissent pas vraiment l’effort de haute montagne. Ils ne savent donc pas comment leur corps réagit, détecter les signes du « mal de l’altitude » ou encore n’ont jamais éprouvé un manque d’oxygène (seulement 33% de ce que nous respirons est disponible après 5 000 mètres d’altitude). Par conséquent, le stress est perceptible et la tension monte très très vite, la peur de l‘échec est vivace. Chacun se demande si en termes d’endurance et de résistance « ça peut le faire » mais aussi si son corps ne va pas faillir à cause de l’altitude.


Emmanuel se rassure en se disant que si d’autres l’ont fait, il n’y a aucune raison qu’il n’y parvienne pas ! On se rassure comme on peu.


Equateur - Cotopaxi - Nos guides s'amusent !

Après ce premier brief nous passons donc l’entrée du parc national du Cotopaxi, visitons un musée tout à fait quelconque. Nos guides nous demandent de nous changer et de mettre notre équipement de montagne car ils ne sont pas très très sûrs de la météo et qu’il pleuvra probablement … mauvaise nouvelle :’(. Nous nous changeons donc et c’est parti. Nous nous arrêtons en cours de chemin, les guides nous font descendre de la voiture, au beau milieu d’une route … mais ne descendent pas et redémarrent … ils veulent nous voir marcher par 3 800 mètres et nous attendent un bon kilomètre plus loin. A notre droite, le Cotopaxi domine totalement la vallée bien qu’il soit en grande partie masqué par un bon nombre de nuages. Devant le fait accompli, nous effectuons la marche et rejoignons la voiture. Nous avons envie d’arriver au plus vite au refuge et nous ne jetons qu’un très très bref coup d’œil à la lagune que nous sommes censés contempler. Pendant ce temps les guides s’amusent et passent de la musique à fond (les années 70 résistent), histoire de détendre l’atmosphère.


Nous arrivons une trentaine de minutes plus tard au parking du camp de base qui lui culmine à 4 500 mètres (soit à 300 mètres du sommet du Mont Blanc !). Il s’agit en fait du premier vrai test, 300 mètres de dénivelé et généralement 1 heures pour parvenir au refuge 300 mètres plus haut, soit pas beaucoup de centimètres à la minute !!

Le chemin est fait de sable mélangé à des pierres et est réellement glissant, désagréable au possible, inconfortable etc … De plus cette première ascension se fait avec tout l’équipement, les sacs de couchage, la nourriture, casseroles, eau … près de 18 kilos qui se font sentir assez rapidement et coupent le souffle alors que l‘air manque déjà. L’australienne part la première (sans sac !!!), Emmanuel la suit 5 minutes plus tard, Eden encore 5 minutes plus tard pendant que les guides prennent leur temps et finiront par nous rattraper dans la montée bien que partis une bonne dizaine de minutes après nous. Tout ceci, en nous réservant une petite tape dans le dos et un grand sourire. Tout va bien, mais c’est assez pénible.


Equateur - Cotopaxi - Vue dégagée du Cotopaxi

Emmanuel arrive le dernier au refuge bien fatigué et content d’avoir passé cette première étape. Il le sait, monter sur le sable est quelque chose qui ne lui réussit pas toujours mais le fait d’arriver dernier n’est pas fait pour le rassurer quand à la suite. Une grande satisfaction cependant, aucun mal de tête, pas d’envie de vomir … il n’est pas touché par le mal des montagnes, ouf ! Et la vue sur le Cotopaxi est magnifique !



Equateur - Cotopaxi - Emmanuel au camps d'entrainement

Nous arrivons au refuge, déjeunons rapidement et c’est reparti pour une prochaine montée de 200 mètres cette fois et direction un petit glacier pour pratiquer un peu de marche sur glace. On nous apprend donc à planter les crampons, utiliser les piolets, faire les bons pas pour monter ou descendre de gros dénivelé sans (trop) souffrir et surtout à monter en cordée ce qui s’avère le plus contraignant. Le guide nous rassure un peu en nous disant que cela ne montera plus plus que ça : 45°, ça suffit ! Autre bonne chose, Emmanuel est plutôt à l’aise avec la marche en crampons c’est bien quand on sait que 85% de la montée du volcan se fera sur la glace. Nous rentrons ensuite au refuge (et nous jetons un dernier coup d‘œil au volcan qui est magnifique au coucher du soleil), les guides nous préparent un repas et nous briefent (en étant très très sérieux cette fois et sans musique) sur les risques de l’ascension :


- connaître les symptômes des maux de tête (devant c’est l’altitude, les tempes il faut boire, derrière c’est le froid)

- vomi et mal de ventre sans maux de tête sont liés à l’effort physique intense et non au mal des montagnes

- ne jamais mentir sur ces conditions car des gens en sont morts

- garder des forces pour la descente qui est la partie la plus dangereuse et il faut prévoir entre 6 et 7 heures d’ascension en moyenne


Nous nous couchons donc à 19h, il fait déjà nuit et froid, la tête est pleine de recommandations, de peurs et d’envie … Nous sommes une petite vingtaine de touristes à entreprendre l’ascension cette nuit et personne ne dormira … ou peu.


A minuit les guides nous sortent du lit, tout le monde se concentre dans la salle où nous sont servis les petits-déjeuners et chacun s’échange ses impressions de la nuit. Tout le monde est stressé, a eu mal à la tête et cogite. Certains d’ailleurs ont déjà abandonné et n’entreprendront pas l’ascension. Nous prenons notre petit-déjeuner, nous nous équipons et Emmanuel partira le dernier vers 1h30 au lieu d’une heure car au dernier moment son guide disparaît dans le refuge pour une raison qui restera à jamais expliquée.


Et c’est parti !!!


Nous commençons donc très très très lentement et l’absence de fatigue est criant Emmanuel est donc très très confiant et se sent des ailes. Après une vingtaine de minutes le guide lui demande si il souhaite accélérer le pas, Emmanuel dit oui et le regrettera 5 minutes plus tard … on reprend la première cadence, c’est mieux. En fait durant les 2 premiers tests chaque guide a parfaitement évalué les capacités de son poulain. Pendant une heure et demie, la montée se fera encore sur du sable (sic’:() mais la réserve physique n’est pas touchée, la montée se fait relativement sereinement.


Equateur - Cotopaxi - Matériel pour la glace

Nous arrivons (enfin) près de la glace et il est l’heure de chausser ses crampons. Emmanuel ne s’en est pas vraiment rendu compte mais finalement il est monté assez rapidement (la tête est baissée en permanence) et a rattrapé quelques groupes. Au moment de partir sur le glacier, son guide lui explique qu’il y a un anglais et que sont partenaire doit abandonner. L’anglais doit descendre avec lui sauf si Emmanuel accepte de partager sa cordée. Emmanuel finit par accepter sans vraiment savoir s’il s’agit d’une bonne idée, en effet il n’a aucune garantie que cet anglais soit suffisamment en forme pour parvenir au sommet. C’est donc à trois que le reste de la montée se fera.


Equateur - Cotopaxi - Le guide supprime les stalactites de glace

Après la première grosse montée sur la glace, la souffrance ne fait sentir, les chaussures font souffrir le martyr à Emmanuel, le souffle est très court, bref, le véritable exercice physique commence. Pas facile de garder le rythme lorsque des micros pause (5/10 secondes) s’imposent chaque 5 minutes. Mais la progression se fait lentement, sûrement. Après une paire d’heures, nous arrivons à une petite caverne de glace où nous nous reposons … l’australien avec qui Emmanuel montait est curieusement absent et nous l’attendons une dizaine de minutes. Le guide d’Emmanuel lui dit qu’il est assez inquiet sur le fait que celui-ci puisse terminer l’ascension. Il fait très froid, le corps se refroidit et Emmanuel demande à son guide de repartir … il ne reverra plus l’australien qui lui aussi abandonnera une ou deux heures plus tard.


C’est donc toujours accompagné de son partenaire anglais providentiel qu’Emmanuel continue l’ascension, le jour se lève lentement et les heures se suivent et se ressemblent. Les minis pauses deviennent plus régulières et passent de quelques secondes à parfois quelques minutes. Le manque d’oxygène est criant, les chaussures lacèrent les tibias c’est un véritable combat contre soi-même. Nous sommes en pleine coupe du monde et « Waka Waka« , la chanson de Shakira tourne en boucle dans la tête d’Emmanuel. Pendant qu’il marche Emmanuel pense pour quoi il s’afflige tout ça : pour lui, pour quelqu’un, pour « l’avoir fait » … ça cogite, ça cogite.


Equateur - Cotopaxi - Perdus au milieu de la glace !

C’est au pied de ce qui sera la dernière montée que le guide déclare à Emmanuel qu’il ne lui reste « qu’une heure de montée » mais que c’est à ce moment que la plupart abandonne. En effet, il fait jour et la montée est très très très raide … 200 mètres en une heure. Le guide lui explique qu’en voyant cette montée, beaucoup de gens se découragent pour Emmanuel et son anglais, inimaginable d’abandonner à une heure de la fin ! Allez hop on continue ! A 15 minutes du sommet, l’anglais se jette à terre et refuse de continuer à avancer. Il a raison, nous sommes vraiment à bout de force … le guide change de tactique, lui crie dessus, le lève et lui dit qu’il est hors de question d’abandonner !!



Equateur - Cotopaxi - Saut au sommet du Cotopaxi

C’est donc dans un état un peu second et la larme à l’œil que nous arrivons au sommet remplis de joie. La larme à l’œil sûrement car cela signifie la fin de la montée, l’arrivée au but, l’accomplissement et la fin des douleurs (on a tendance à oublier la descente). Tout le monde se prend dans le bras, exulte, saute dans tous les sens. La vue à 6 000 mètres est époustouflante et nous dominons la vallée.


Equateur - Cotopaxi - Sommet nuageux !

Le temps est clair et nous sommes au-dessus des nuages, une vraie mer de nuage, nous sommes comblés. Juste après notre arrivée un tout petit nuage s’est posé sur le cratère (en réalité un double cratère) et nous n’en verrons qu’un tout petit bout, dommage.


Il fait froid au sommet, très très froid et nous ne pouvons pas nous attarder plus d’une dizaine de minute. Il est près de 7 heures du matin, le soleil va bientôt réchauffer la glace et la neige. Si nous attendons plus, la descente sera impossible et dangereuse. Impossible de passer les crevasses qui deviendront trop fragiles dans ce cas. Revenus à la triste réalité, nous devons déjà redescendre.



Equateur - Cotopaxi - Quelques formations de glace en redescendant !

Après quelques minutes de descente le guide nous dit que nous descendons assez vite et que finalement nous avons le temps de contempler un peu le paysage. Nous nous arrêterons régulièrement pour admirer vue et formations glaciaires. Pour Emmanuel le plus beau « glacier » jamais vu, il est aux anges. La descente se fait en 1h30, elle est éprouvante pour les muscles et les os mais finalement pas si fatigante que ça, c’est arrivé au refuge qu’Emmanuel constatera l’étendue des dégâts … sur les 20 partis seulement 7 sont arrivés au sommet. Un très mauvais score selon nos guides. Par contre bon score pour Emmanuel, qui a accomplit l’ascension en 5h30, alors que la moyenne est de 6h/7h!


10 minutes après avoir rejoint le refuge, il faut déjà repartir pour Latacunga et rejoindre son hôtel où une seule envie habite Emmanuel : dormir … et dire à Anaïs qu’il a réussit !



Et les photos !!!



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8 commentaires »

  • SébastienNo Gravatar dit :

    Bonjour,

    Très beau récit! Merci.

    Nous voulons aussi effectuer l’ascension du Cotopaxi suivie du Chimborazo. La grande question concerne le matériel. Faut-il un équipement différent de ce qu’on utilise pour les 4000 dans les Alpes : plus de couches ? Quelles températures fait-il le temps de la montée ? des chaussures plus chaudes ? J’ai demandé à plusieurs guides dans les Alpes, certains disent que des chaussures style LA SPORTIVA TREKK EVO sont suffisantes pour l’Equateur, d’autres disent qu’il faut taper dans les versions plus techniques et chaudes. Qu’aviez vous comme chaussures Emmanuel?

    Je vous remercie d’avance pour ces informations.

  • Christel&GaetanNo Gravatar dit :

    Bonjour à vous,

    Nous sommes 2 tourdumondistes, tombés sur votre site par hasard en faisant des recherches sur la Mongolie.
    Finalement nous faisons un parcours vraiment similaire au votre mais dans l’autre sens!

    Concernant Cotopaxi, félicitations! Nous avons essayé, mais tous les 2, et nous avons chu à la moitié… Sur le coup nous nous sommes promis de revenir pour vaincre!

    Bon fin de voyage, vous devez être sur la fin! Ils nous reste 2 mois, Chine, Mongolie et transsibérien, du bonheur quoi!

  • A&ENo Gravatar dit :

    Tu viens avec Emmanuel pour le Mont Blanc ?

  • A&ENo Gravatar dit :

    Merciiiiiiiiii !!!!

  • A&ENo Gravatar dit :

    Merci merci, bientôt le Mont Blanc ! (peut être ;) )

  • vincentNo Gravatar dit :

    génial ce récit, bravo

  • MathildeNo Gravatar dit :

    ouaouhhhh!!! BRAVOOO!!!! ca avait l’air magnifique! chapeau! ;)

  • Pogaimon dit :

    Génial ! bravo pour cette “grimpette” :)

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