La veille en nous attendant, Servane n’a pas chômé et nous a organisé notre première journée au Lac Inlé. Nous partons faire une ballade en bateau avec les 2 libanais rencontrés à Bagan et avec qui elle a fait le voyage en avion.
Nous sommes donc 5 sur notre petite pirogue à moteur et nous découvrons le lac au petit matin.
C’est magique. La brume est encore là… Les montagnes se reflètent sur l’eau et nous apercevons nos premiers pêcheurs traditionnels (au panier). Pas de moteur sur leur bateau mais seulement une rame, qu’ils tiennent et qu’ils enfoncent dans l’eau à la force de leur pied pour avancer. Tous ces pêcheurs sur l’eau donnent une impression féérique.
Au bord et sur le lac, la vie est organisée comme dans nos campagnes sur terre ferme.
Nous faisons notre premier arrêt dans un marché où se mélangent stands de poissons et de légumes avec vente de souvenirs pour les touristes. Les vendeurs sont à l’affut et veulent vraiment nous vendre quelque chose. D’après ce qu’on nous expliquera plus tard, les vendeurs de souvenirs se sont multipliés et les gains amenuisés par conséquent (tout comme à Bagan). A chaque fois qu’on négocie quelque chose, le vendeur sort son petit papier plastifié (le même pour tous) avec différents montants. Pas besoin de calculette!
Mais nous sommes plus intéressés par les vendeurs de poissons, les vieilles dames en habit akhas qui viennent vendre leur légumes. Nous vouons une passion pour les marchés asiatiques et leur vendeurs. A chaque fois, que nous en voyons un nous sommes hypnotisés: les couleurs, les visages des gens. Comme dirait le père d’Anaïs pour découvrir un pays, il faut aller: au marché, chez le coiffeur et au café. Rien n’est plus vrai, surtout en Asie … sauf pour le café qui n’est pas fameux en asie !
Notre prochain arrêt est un village où l’ont serait bien resté plus longtemps. De première abord, c’est un itinéraire tout tracé pour les touristes avec des allées de stands de souvenirs. Mais dès qu’on s’éloignent, la vraie vie reprend son cours. Des enfants s’amusent à traverser un canal sur leur barque, les femmes font leur lessives dans le même canal, tandis que les hommes lavent les bœufs toujours dans le canal.
Tout est organisé autour de l’eau, bien évidemment. C’est très vert, les maisons sont toutes en paille, éparpillées dans la foret de bambou, comme dans les petits villages reculés du Laos ou de la Thaïlande.
Nous traversons ensuite des jardins flottants sur le lac où poussent tomates, fleurs, cacahuètes ou haricots. Toute la Birmanie s’approvisionne en tomates du lac Inlé.
Au cours de la journée nous nous arrêterons dans différents ateliers traditionnels. Métallurgie, fabrique de cigarillos, soierie, fabrique d’ombrelle en papier mâché. A chaque fois, le travail est minutieux, pas de machine moderne évidemment, tout est fabriqué comme au siècle dernier. Le soufflet des métallurgistes n’est autre qu’un homme appuyant sur le soufflet sans s’arrêter. Les cigarillos sont roulés à la main, et les ateliers de tissage de la soie n’ont plus d’âge. Les fileuses ne sont d’ailleurs souvent plus très jeunes.
A chaque arrêt, nos amis libanais veulent acheter quelques choses, enfin surtout la femme. Elle demande toujours à son mari: « combien tu l’achèterais? ». Il donne un prix et elle part négocier. Quasiment à chaque fois, elle repart les mains vides, car elle n’a pas obtenu le prix qu’elle voulait, ou finalement l’objet ne lui plait plus. Quand enfin, elle arrive à faire affaire, son mari soupire: « encore un dollar de perdu ». Ce qui nous fait bien rire!
Ce couple a la chance de ne pas avoir besoin de travailler et nous fait rêver avec leurs multiples voyages. L’homme a passé beaucoup de temps en Inde et en Chine, et nous raconte des histoires incroyables. Évidemment, ça fait rêver, nous aussi nous aimerions passer notre vie à voyager… Soupir!
Notre dernier arrêt de la journée est au temple du chat sauteur. En effet, un (gros) chat motivé par une gourmandise saute en l’air dans un cerceau, à chaque fois qu’un touriste fait une donation à la dresseuse (pour le temple évidemment). Pendant ce temps là, le moine du temple dort…
Rentrés à bon port, nous négocions avec un batelier et organisons notre prochaine journée. Emmanuel se désinteresse assez vite de tout ça pour se concentrer sur quelques jongleurs, “hypers forts”, utilisant comme ballon une balle de paille tressée.
En rentrant de notre journée, Emmanuel et Servane, s’arrêtent à une petite boutique de rue pour se rassasier d’un dessert local. Anaïs demande si par hasard il n’y aurait pas des toilettes dans la boutique cabane en bois… Non, mais dans la maison d’à coté si. Avant qu’elle n’est eu le temps de protester, Anaïs est conduite aux toilettes des voisins, derrière leur maison dans une petite cabane en bois. En sortant, elle remercie, un peu gênée, la propriétaire qui lui propose d’entrer.
Anaïs accepte et va chercher Emmanuel et Servane. Nous voici tous les 3 assis dans la maison d’une inconnue. Sont présent la jeune femme et sa mère presque aveugle. Tout le monde s’active, on va chercher le chef de famille, qui se présente comme Monsieur Pyu Pyu (à prononcer piou piou). Il nous parle de sa famille et de ses 4 filles. Nous demandons leur prénom, réponse de l’intéressé: Pyu Pyu 1, Pyu Pyu 2, Pyu Pyu 3… Dans sa petite maison en bois à 3 pièces (2 à l’étage et une au rez de chaussée) vit toute sa famille. Ses 2 premières filles, mariées et mère de plusieurs enfants, ses 2 dernières filles et lui et sa femme. Tout ce monde dans un si petit espace. Il nous raconte sa vie et nous pose des questions. Il nous apprend que sa femme est presque aveugle et que les lunettes coutent trop chère pour eux et sont quasi inexistantes en Birmanie… On reste un moment à discuter avec eux autour d’un apéritif de tofu grillé et de graine salées. L’hospitalité est vraiment une tradition chez les birmans.
Puis nous retrouvons nos amis libanais dans un boui boui indien où nous mangeons comme là bas. Sur place, il n’y a que 6 tables occupées par des italiens et un portugais. Au fur et à mesure du temps, nous nous mettons tous à discuter ensemble. Comme d’habitude, il y a toujours un tour du mondiste!
Le lendemain, nous retraversons le lac Inlé pour aller au lac Senkar cette fois-ci, dans une Birmanie encore plus profonde. Nous mettrons 3 heures enchanteresses pour nous y rendre. Et là c’est le choc, nous retournons loin loin en arrière… Nous visitons un village hors du temps. Les gens se déplacent en char à boeuf, toutes les maisons sont en paille ou presque. Nous visitons même une fabrique de roue de char, faites à l’ancienne… et les roues se vendent encore … 3 jours pour les produire … et elles se gardent plusieurs années. Compte tenu du peu de personne et de la durée de vie des roues, pas facile de vendre des quantités. Peut être devraient-ils faire comme de par chez nous où les produits explosent 2 jours après la garantie ou bien encore rendre les roues plus sujettes à l’usure, mais non eux ils sont hônnetes …
Nous croisons également des vendeurs vendant des bambous pour diverses constructions. Nous demandons au guide le prix … pour construire une maison il faut acheter 300 euros de bambous. “C’est solide, c’est pas cher et c’est joli dirait une vendeuse birmane”. Bien sûr, les bambous sont disposés sur des chars à boeuf dotés de roues achetées dans la fabrique citée plus haut !
Pour cette ballade, nous sommes obligé de partir avec un guide… Apparemment nous ne pouvons pas aller n’importe où. On ne sait ce qu’il y a caché. Notre guide est un jeune homme sympa qui finit son diplôme d’université dans le tourisme. Ses études durent 3 ans avec seulement 1 mois de cours par an… Étrange… Nous rencontrerons un autre jeune homme qui nous dira la même chose.
Nous visitons aussi une fabrique d’alcool de riz. Cette distillerie est faite à l’ancienne, à la fin de la visite, on nous fait asseoir et on nous sert plusieurs sortent d’alcool de riz, notre batelier et notre guide sont aussi de la partie. Heureusement qu’il n’y a pas de contrôle d’alcoolémie!
Avant de rentrer, nous allons visiter un atelier de batelier ainsi qu’un atelier de bijoux en argent. Dans cette maison sur pilotis, au milieu du lac officient 5 artisans. Ils sont très appliqués et minutieux. Derrière eux, en contraste avec tout le reste, des posters de différentes équipes de foot d’Angleterre. Didier Drogba, David Beckam en portrait… mais pas zizou au grand désepoir d’Emmanuel Pfiouuu on pensait pourtant être loin de tout ça… Mais le football n’a pas de frontière!
Rebelotte, Anaïs demande s’il y a des toilettes. Elle est conduite chez les toilettes des voisins, et une fois de plus on l’invite à entrer. On lui sert du thé pendant qu’on lui montre les photos de famille. Elle est très flattée et un peu amusée par cet accueil mais il faut qu’elle reparte on l’attend!
Au retour, nous avons la lumière rasante de la fin d’après midi… C’est toujours aussi beau. Notre batelier fait semblant d’avoir à manger et jette sa main en l’air. Les mouettes ne voient pas la supercherie et s’approchent de nous en criant. On profite de chaque instant.
Pour notre dernière journée au lac, nous louons des vélos, et partons en ballade autour du lac sous une grosse chaleur. Comme à chaque fois, dès que nous croisons des gens, tout le monde nous crie : « Mingalaba » bonjour en birman. Impossible de ne pas retenir ce mot. Nous arrivons sur un long ponton où nous laissons nos vélos et l’empruntons. Au bout, la vie lacustre reprend ses droits où nous retrouvons maisons sur pilotis et barques allant d’un endroit à l’autre. Nous restons là un moment à regarder les birmans vivre au fil de l’eau. Puis rentrons au village où après un déjeuner tardif notre bus pour Yangoon nous attend.
Et c’est parti pour plus de 12 heures de voyage dont une grande partie de nuit. Nous sommes parés pour toute éventualité: froid, karaoké, panne… Mais non le bus est récent et confortable, avec une clim raisonnable, pas de karaoké et nous arriverons même en avance le lendemain matin à 4h. Royal! Les birmans eux n’apprécient pas le voyage, les virages sont nombreux et ils sont tous malades les uns après les autres…
Notre arrivée en avance nous permet d’attraper un autre bus pour Chaungta Beach.
Ce bus est d’un autre genre… Dans son ancienne vie, ce bus effectuait la liaison entre Tokyo et l’Aéroport de Narita… On voyage entre des colis énormes. Si nous avons un accident, nous aurons les 50 kilos de soja destinés à nourrir les cochons (ce n’est pas une blague) dans la nuque… Autrement dit, top sécurité…
Et les photos !!!
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Alors il ne te reste plus qu’à y retourner. Cet endroit est chargé de charme et de magie !!! Et pis c’est beau !!
J’ai été plusieurs fois dans cette région mais j’avais jamais visité ce lac