Pour notre troisième jour au Tibet, nous partons découvrir le Lac Namtso (= lac céleste), un des 3 lacs sacrés du Tibet et le deuxième plus grand lac salé de Chine.
En nous rendant au lac, nous faisons une pause pipi, les toilettes étant fermées, Alex s’éloigne pour faire pipi dans la nature, il est alors attrapé par un Tibétain géant qui lui dit que c’est interdit, commence à le menacer et le violente. Le caractère d’Alex « sanguin » envenime la situation et notre guide intervient avant que tout ne se transforme en pugilat et finit par nous expliquer que ces tibétains ferment les toilettes publiques et ensuite menacent les touristes d’amendes s’ils vont dans la nature. Ils demandent à notre guide une somme astronomique, avec un œil vraiment mauvais. Dolker finit par lui donner 10 yuans quand il en demandait 100 (10 euros). Cela nous laisse perplexe et un peu déçus. Nous retrouverons cette attitude un peu partout au Tibet. Triste manière de se faire de l’argent … Obligés de relativiser, nous nous disons qu’il leur faut bien un moyen de faire de l’argent … toujours mieux que de voler ou d’agresser des touristes !
Juste avant notre arrivée au lac, nous passons un col à 5190 mètres d’altitude avec vue imprenable sur celui-ci. Malgré un ciel bleu azur et un grand soleil, le vent nous glace et à nouveau, chaque pas est difficile. En bons touristes, nous voulons prendre une photo avec l’indication 5190m, et bien nous devrons nous «battre» avec les touristes chinois (comme d’habitude) pour qu’ils attendent la fin de notre photo pour qu’ils puissent venir prendre la leur… Non pas tout le monde en même temps !
Le lac est sublime! Il est entouré de montagnes de plus de 7000 m d’altitude dont les neiges alimentent plusieurs rivières/fleuves jusqu’au lointain Mékong. Les montagnes aux alentours n’ont pourtant pas l’air si grandes, mais nous sommes déjà si haut en altitude. Il est interdit de s’y baigner car le lac est sacré, on y aurait pas pensé de toute façon il fait trop froid !
A l’heure la plus chaude de la journée, le froid est atténué par le soleil et nous faisons une petite sieste au bord de ce lac si calme et si paisible. Emmanuel se ballade autour du lac et rencontre un moine qui lui fait cadeau d’une pierre à la forme un peu spéciale, s’en suit une séance de photos.
Comme toujours, accompagnant les temples des centaines et des centaines de drapeaux de prière, ils sont partout et ajoutent de magnifiques notes colorées à ces temples totalement hors du temps.
Nous rentrons à Lhassa à la tombée de la nuit, et pouvons apprécier le coucher de soleil sur les montagnes. L’altitude a fait des ravages, tout le monde est exténué, Erin et Felicity ont un sacré mal de crâne et partent se coucher sans diner.
Sur la route à l’aller et au retour, nous sommes soumis à de nombreux contrôles policiers. Ils vérifient que nous possédons bien le permis requis pour nous rendre dans cette partie du Tibet. Ces contrôles permettent aussi de vérifier notre vitesse, nous devons faire un certain nombre de kilomètres en un certain temps, pas plus pas moins. Nous avons un peu du mal à comprendre les raisons, il paraît cependant que «c’est pour réguler le trafic et éviter les embouteillages … on ne cherche pas plus que ça à comprendre, certainement un prétexte pour «CONTRÔLER» ! N’oublions pas que nous ne sommes pas libres dans nos déplacements dans ce pays …
Le lendemain, nous quittons définitivement Lhassa direction la suite de notre voyage. Sur notre chemin nous attendent des paysages lunaires et le deuxième lac sacré du Tibet, le lac Yamdrok Tso. Tout comme le lac Namtso, interdit de s’y baigner ou d’y pécher quoi que ce soit.
La légende dit que si ce lac était asséché alors l’âme du Tibet mourrerait et la terre tibétaine ne serait plus assez féconde pour nourrir le peuple. Les chinois en arrivant ont construit un barrage hydraulique, ce qui l’a partiellement asséché, et se sont mis à pécher massivement tout ce qui vivait dedans. Tout en nuance comme d’habitude… Cette anecdote est particulièrement mal vécue par les tibétains, il s’agit d’une violation pure et simple de leurs croyances.
Ce lac est pour Emmanuel «le plus beau du monde». La couleur bleue turquoise du lac est assez saisissante, et le contraste avec les montagnes qui l’entourent le rend encore plus beau. La couleur est tellement pure qu’on croirait presque qu’on a ajouté un produit chimique ou du Curaçao, le fameux alcool à cocktail turquoise, pour obtenir cette couleur parfaite. Nous nous y arrêterons pour déjeuner, dégustant un «fried rice» acheté le matin même et encore presque fumant. On ne s’attarde pas, car même emmitouflés dans nos manteaux, le vent souffle et nous glace le visage.
Nous rejoignons Gyantsé en milieu d’après midi, un petit village qui a gardé ses vieux quartiers comme ceux détruits auprès du Potala à Lhassa.
Nous devons nous battre avec nos chauffeurs pour monter en haut de la forteresse et découvrir la vue. Ce n’est pas prévu dans le programme il faut payer en plus, mais c’est seulement à 5 min en voiture… Notre guide est effrayée et ne veut pas contredire les chauffeurs chinois mais réussit finalement à les convaincre en disant que nous sommes des touristes, que nous voulons voir le Tibet et que c’est notre seule chance de voir ce que nous voyons … tout ça pour 5 minutes de voiture. Malheureusement nous trouvons porte close, pas grave la ballade est amusante, à monter à travers les petites rues pavées.
Nous nous promenons ensuite à pied dans la vieille ville qui est restée intacte et nous donne un bon aperçu de ce que devait être Lhassa avant les destructions chinoises. Le temps semble s’être arrêté.
Cette ballade nous permet de voir des tranches de vie de tibétains. Sur le bord du trottoir sont garés voitures, charettes à cheval, tracteurs… Devant chaque maison: une vache, pratique pour aller chercher son lait le matin. Les murs des maisons sont pour certains recouverts de bouses de vache séchées, considérées comme un anti-moustique et un isolant contre le froid. Après avoir mangé un barbecue mongol chauffé aux excréments de chameaux, plus rien ne nous étonne…
Le soir nous dînons tibétain, nous commençons à nous lasser des nouilles tibétaines. Pour nous expliquer ce qui est bon ou non sur la carte, notre guide use toujours de la même expression: «This is not very delicious» Nous savons à ce moment là, qu’il vaut mieux prendre autre chose: des nouilles tibétaines!
La restauratrice essaye de nous embobiner et de nous faire payer 3 fois le prix habituel. Dolker la rappelle à l’ordre et lui dit qu’à Lhassa c’est 3 fois moins cher.«Ah oui, ah oui, bien sur» répond-elle. Bien essayé, nos têtes de touristes doivent vraiment être très tentantes. Anaïs qui ne boit toujours pas de thé tibétain, demande juste de l’eau chaude. On lui apporte de l’eau chaude mais beurrée… euh non, ça c’est pas bon…
Le lendemain, nous découvrons le monastère de Gyantsé, appelé le Pelkor Chode et construit au XVème siècle et abritant un «Kumbun» aux 77 chapelles menant à la voie tantrique, Emmanuel et Alex ont accomplis tout le parcours et ont trouvé la voie tantrique lorsque les autres descendaient déjà du «Kumbum».
Comme partout, pèlerins en masse, venus rendre hommage aux statues de Bouddha et tourner des moulins à prières.
Après cela, nous partons pour la ville de Shigasté, deuxième plus grande ville du Tibet où nous découvrirons par nous même (notre guide devant se procurer nos permis pour l’Everest) l’immense temple de la ville: le Tashilumpo fondé par le 1er dalaï lama et siège des panchen lamas(= maitres érudits).
Ce temple accueillait dans le temps près de 5000 moines et n’en abrite aujourd’hui plus que 700, il s’apparente donc plus à une mini ville qu’à un simple temple.
Le clou du spectacle sera pour nous la prière du soir, tous les moines qui portent un chapeau de chambellan et une grande cape, se retrouvent à 17h pour la prière dans une petite salle. On nous laisse y assister et c’est comme être dans une salle de classe de lycéens, il y a les studieux qui prient avec ferveur et il y a ceux du fond qui discutent et ricanent à voix basse.
Nous nous faisons tout petit pour assister à cette cérémonie sans déranger les moines, nous sommes bercés par les «Ômmmmm» des moines qui se balancent en chantant. Emmanuel s’éclipse et découvre la chambre d’un moine toute simple, un lit, un petit bureau, et quelques affaires personnelles.
Nous allons ensuite découvrir une fabrique de tapis. Nous sommes accueillis par un très chaleureux patron qui nous montre chaque étape de fabrication. Nous pouvons observer les ouvrières qui nous font de grands sourires.
Cette fabrique reverse une partie de ses bénéfices au Temple, et une autre partie en bonus à ses salariées (en plus de leur salaire). Voilà quelque chose de positif ! Nous sommes tentés un instant d’acheter un tapis vu le prix et la qualité, mais nous nous rappelons très vite que notre maison se résume à notre sac à dos. Le patron nous dit pas de problème on peut vous l’envoyer, mais les prix mêmes très raisonnables ne le sont pas dans le cadre de notre voyage. Il a un site internet, si nous sommes toujours tentés, nous en achèterons un en rentrant…
Une journée très longue nous attend le lendemain. Nous quittons Shigatsé très très tôt, pour pouvoir tout faire. 1ère étape le temps de Sakya, magnifique temple mais moins impressionnant que les autres ou peut-être devenons-nous un peu blasés… Il est d’origine Mongole et remonte à l’époque de Gengis Khan. La ville de Sakya devient alors la capitale du Tibet. Certains document entreposés dans ce temple prouvent que le Tibet était suzerain de la Chine et non l’inverse, dixit le Guide du Routard. Bien sur, les salles renfermant ses trésors sont inaccessibles… elles ont été fermées !
Nous partons ensuite pour l’Everest. En chemin, nous nous arrêtons pour déjeuner, dans une gargotte chinoise. Dolker qui parle parfaitement chinois demande quels plats sont disponibles. La patronne chinoise méprise notre guide tibétaine et lui répond d’un air condescendant et la fait passer pour une idiote auprès des chauffeurs avec un petit air de connivence. Paul est obligé d’intervenir car la dame raconte des cracks à la guide en lui disant qu’il n’y a pas les plats que nous demandons. C’est difficile pour ces 2 peuples de cohabiter … il est évident qu’ils ne s’apprécient pas.
Après déjeuner un petit garçon tibétain en costume d’écolier demande à Anaïs si elle n’a pas un stylo pour l’école. Elle répond non mais lui dit d’attendre et monte dans la voiture chercher des bonbons. Pendant qu’elle cherche une vingtaine d’enfants arrivent pour avoir eux aussi leur cadeau. Ils crient, ils se bousculent, c’est quasiment l’émeute, et pas du tout agréable pour Anaïs de distribuer ses bonbons car elle-même est bousculée. Malheureusement cela refroidit sa distribution qui sera sans doute la dernière.
A part les «school pens» et les «chocolates» que les enfants demandent régulièrement, ils ont pris la mauvaise habitude de demander de l’argent et pas gentiment, «GIVE MONEY! » nous hurle méchamment une petite fille. Non pas là… pas comme ça… On est triste que ça arrive ici aussi.
Nous partons ensuite en direction du camp de l’Everest. Les chauffeurs nous proposent de passer par des petites routes et de ne pas payer les droits d’entrée mais seulement un petit backchich à leur intention. Par contre si la police nous remarquait, il faudrait néanmoins payer (deux fois donc, la police et les chauffeurs). Non merci, on préfère la voix officielle, surtout dans ce pays.
Nous arrivons en fin d’après midi au camp de l’Everest à 5200M après avoir pu profiter en chemin d’une vue sur toute la chaine himalayenne (que notre guide n’avait jamais pu voir si clairement, nous avons donc de la chance). Une fois arrivé au camps de base, l’Everest est enfoui dans les nuages, la plupart disparaît, sauf un, un tout petit en haut qui lui ne part jamais: les neiges éternelles. Au base camp, il fait très froid: entre moins 10° et moins 15°. Avec la tombée de la nuit, la température tombe directement à moins 30°, moins 40°.
Nous sommes équipés pour parer au froid et ressemblons à des bibendums: 3 couches en bas, 6 couches en haut, un bonnet, une cagoule polaire et une capuche + des moufles pour continuer à pouvoir écrire sur le blog. Chaque pas est difficile, en raison de l’altitude. Nous resterons quasiment 2h à admirer l’Everest jusqu’au coucher du soleil. Les australiens, qui n’ont jamais vu la neige de près, s’amusent comme des fous à mettre leurs pieds dans la glace.
Nous repartons à la tombée de la nuit. Nos chauffeurs peut-être pour nous faire payer de ne pas les avoir suivi à l’aller, prennent les chemins de traverse, mais de nuit cette fois-ci. Comme en Mongolie, ce ne sont pas des routes et nous sommes secoués à chaque instant. Emmanuel qui commençait à avoir un mal de tête à cause de l’altitude maudit le chauffeur. A un moment, nous roulons et tout d’un coup plus de lumière sur la voiture. Le chauffeur descend de la voiture pour voir ce qu’il se passe… Bon bon bon, récapitulons, nous sommes au milieu de nulle part, il est 19h, il fait maintenant au moins – 20° dehors, malgré le chauffage dans la voiture nous n’avons pas quitté nos manteaux et la voiture n’a plus de lumière… Heureusement, les feux de routes fonctionnent, on peut continuer. OUF! Plusieurs fois pendant ce chemin, les chauffeurs nous donneront l’impression d’être perdus et feront des demi-tours en pleine pampa. Nous ne voulons qu’une chose: arriver et aller nous coucher.
En arrivant nous sommes tous un peu en colère de cette aventure qui ne nous a même pas fait gagner du temps. (On apprendra plus tard que l’altitude altère les humeurs) Les chauffeurs ont un petit rictus pas mécontent… La guesthouse dans laquelle nous sommes est un peu miteuse sans chauffage ni douche chaude (ça tombe bien il fait toujours très très froid), nous sortons nos précieux sacs de couchage sur lesquels nous ajoutons des couvertures. C’est très certainement la nuit la plus froide de notre vie.
Notre dernière journée tibétaine est consacrée à la route direction la Frontière. Le trajet est une fois de plus magnifique, on peut apercevoir toute la chaine de l’Himalaya. Au Tibet comme en Mongolie, prendre la route n’est pas seulement un manière pour se rendre d’un point A à un point B mais est partie prenante du voyage, chaque nouveau kilomètre, chaque nouveau col, ou nouveau tournant permet de découvrir des paysages époustouflants.
Dans la voiture, Paul discute un peu avec le chauffeur chinois sur la situation du Tibet. Pour lui c’est bien naturel qu’ils l’aient envahis, cette terre leur appartient (rappel : les bibliothèques fermées du monastère de Sakya qui auraient plutôt tendance à prouver le contraire). Il lui explique qu’il a hâte que la Chine déclare la guerre au Japon (les ennemis de toujours – à la TV on peut voir tous les soirs de très mauvais téléfilms tournés en DV sur les guerres sino-japonaises) et tant pis si cela fait des morts: les chinois sont trop nombreux, on ne verra pas la différence… Pacifiste ce monsieur, donc…
Nous arrivons finalement à Zangmu, petite ville frontière, comme souvent pour les villes frontières pas très chaleureuse, à flanc de montagne sur la mythique Friendship Highway (la route qui rejoint Lhassa à Katmandhu). La ville est composée d’une seule rue très embouteillée par les nombreux camions népalais et chinois qui attendent pour traverser la frontière. Nous profiterons de cet après midi pour échanger nos derniers yuans et profiter d’internet avant de dévorer notre dernier festin chinois dans la bonne humeur. Nous sommes tous très heureux de notre voyage et impatients de découvrir le Népal.
Nous sommes très heureux de notre voyage mais nos impressions sur le Tibet sont néanmoins mitigées.
Le pays est magnifique, la ferveur des gens est impressionnante et donne presque envie de devenir bouddhiste. Notre visite du Jokkhang reste à ce jour un des moments les plus forts de notre voyage et le temple le plus impressionnant que nous ayons vu de notre vie.
Mais nous ressentons à chaque instant un malaise ambiant. Nous n’avons pas pu vraiment entrer en contact avec des tibétains comme nous l’avions fait en Mongolie. Il est interdit aux étrangers de se rendre chez des tibétains et selon notre guide dans les traditions tibétaines cela porte malheur d’avoir un étranger chez soi. On sent que la vie est dure ou plutôt rude, et l’occupation chinoise mal vécue. Pourrait-il en être autrement ? Le sentiment de mépris est mutuel, mais la crainte elle n’a l’air présente que chez les Tibétains. Nous ne connaissons pas assez la situation pour juger, nous n’en avons vu que trop peu. Sans la présence chinoise, le Tibet n’aurait pas cette croissance (mais est-elle profitable aux tibétains ou seulement aux chinois ayant immigrés ? Les meilleurs jobs ne sont pas accessibles au tibétains), sans eux les routes, les écoles et hôpitaux n’existeraient pas. Mais cela donne-t-il le droit d’occuper un «pays», le museler et d’interdire d’avoir un passeport ou encore de tout faire pour que la culture se perde ?
Le lendemain matin, nous prenons notre dernier petit déjeuner chinois, lait de soja fait devant nous, dumplings et beignets. Disons au revoir au poste frontière à Erin qui repart direction la Chine avec notre guide Dolker. La guide s’est un peu trop avancée, et le douanier chinois lui dit de reculer, il a peur qu’elle passe la frontière… Elle explique qu’elle dit juste au revoir… Si Dolker traversait le pont avec nous (il marque la frontière), les chinois tireraient tout simplement du haut de leurs petites tours équipées de fusils mitraillettes… Ça fait froid dans le dos. Après un dernier au revoir, nous passons, nous, la frontière chinoise sans encombre, traversons un pont et nous retrouvons au Népal, où les visages et la vie nous semblent déjà très différents.


















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bravo encore pour vos véritables reportages qui nous amènent des images et des sons qui comblent nos yeux et nos oreilles de merveilles et de surprises. Vous nous faites découvrir… l’inconnu ou le supposé, l’imaginé, l’impalpé… Merci donc. Par contre, aucune des recettes culinaires évoquées n’a, jusquà présent, suscité mon envie, ni éveillé mon insatiable appétit ! A bientôt vous lire. Bon vent !